Sultan of dust


Je pars tranquille sur la route du rêve, et j’oublie le reste. J’oublie Hiroshima, j’oublie Auschwitz, j’oublie Budapest, j’oublie le Vietnam, j’oublie le SMIC, j’oublie la crise du logement, j’oublie la famine aux Indes. J’ai tout oublié. Sauf que puisqu’on me ramène à zéro, c’est de là qu’il faudra repartir.


Je suis la terre, territoire de moi les hommes ont fait. Terre promise mais jamais due.  Je suis pays, je suis ville-monde. Je suis électrique, meurtrie et électriquement meurtrie. Je l'ai voulu. J'ai payé. La colère gronde, j'ai trop aimé. J'ai trop aimé l'humain, il a trop aimé me détester à s'en écœurer. Décorée, je suis poussière. J'ai abandonné. Je ne sais plus pourquoi, peut-être ne l‘ais-je jamais su, mais mes enfants ont craché sur les sacrements. L’ordre des choses a tourné. Le saint Graal est devenu la pitié, aussi rare qu’un homme sans pouvoir. Pour l'acquérir, ils ont tué, puni, banni, ligoté, étranglé leur alter, à n’en garder plus que l'ego. Dictature, ils ont dicté la culture. Ils ont soufflé dans le vent, aimé dans le vide. Ils ont appelé cela régner. Il n’y avait plus d'état normal, mais il y avait l'Etat-dirigeable, et lui savait où les diriger. Dans le mur. Ils ont fermé les yeux et ils l'ont cogné, ce mur, il est tombé. Alors, et l'Etat-dirigeable voyait juste, il fallait enrôler. Là où les pierres tombaient, il fallait mettre du béton armé. J’ai vu mes enfants s'éloigner. Mes propres tripes s’étrangler.

Une poignée d’Etres encore insoumis, c’est tout ce qu’il me restait pour sauver l’humanité. Je les ai élevé, donné la force, forcé à s’élever. Acte sadique, comportement masochiste, grande phrase et petite rythmique ; les résistants-résidus n’ont cessé de fouler ma surface. En mesure débridée, ils ont crié, déchanté, prié, chanté mais jamais ne se sont pliés. Ils sont devenu loups, majestueux mais dans l'ombre, rejetés mais dangereux. Je les ai aimé jusqu'à ne considérer plus qu'eux. Mais du loup ou de l'agneau corrompu, ils n’ont jamais su qui de ces deux, faisait partie la silhouette assoupie dans leur lit. 

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